Nous sommes tous des entomophages !

Si l’idée de consommer des insectes suscite pour une grande majorité d’entre nous un certain dégoût, et même un rejet complet, il faut savoir que c’est pourtant déjà le cas : des calculs ont été effectués par des organismes spécialisés qui avancent même un chiffre compris entre 500 g et 1 kg d’insectes consommés par an par personne !

Comment cela est-ce possible ??

En réalité les graines alimentaires contiennent inévitablement pendant la durée de leur stockage des insectes, si bien que de nombreuses espèces se retrouvent de façon quasi incontournable dans les farines de transformation, généralement sous forme de traces c’est à dire de fragments minuscules voire invisibles. Avec la très forte réglementation sur les insecticides qui touche aussi la période de stockage ou de transport, il est en effet aujourd’hui pratiquement impossible de stocker des graines ou des farines sans que des insectes se retrouvent à l’intérieur. Cette même réglementation fixe dans un texte officiel (le codex alimentarius) les seuils pour les farines et les graines alimentaires à ne pas dépasser pour les insectes. Il est par exemple de 0,1% pour le blé. Un français mangeant en moyenne 60 kg de pain par an, il ingère déjà 60 g d’insectes auxquels il faut ajouter tous les dérivés comme les pâtes, les biscuits, le chocolat, sans oublier les fruits et légumes frais.

On peut donc dire que la consommation moderne ne peut contrôler la présence des insectes qui entrent déjà de manière cachée (et inavouée de la part des industriels) dans notre consommation alimentaire. L’Homme est donc un « insectivore » sans le savoir, un « antomophage » pour les scientifiques.

 

La consommation d’insectes n’a pourtant rien de moderne.

 

Elle est même pratiquée depuis toujours, avant que la chasse et donc la viande fasse son apparition. La facilité de récolte et la grande diversité de saveurs ont incité les Hommes à se tourner vers ce type d’alimentation abondant, varié et très nourrissant. Au cours de l’évolution humaine , les insectes ont été indispensables pour palier aux carences d’une alimentation essentiellement végétarienne (carences en fer, vitamine B12…)

D’après des recherches historiques, la Bible et le Coran citent la consommation d’insectes, et dès l’Antiquité la pratique était connue chez les grecs (le philosophe Aristote prétendait trouver une « saveur exquise » aux nymphes de cigales) ainsi que chez les romains qui, lors de banquets, dégustaient des larves de scarabées ou des criquets enrobés de miel ! On raconte que le célèbre gourmet Lucullus élevait des larves de lucane avec du son et du vin en vue de les faire rôtir par ses cuisiniers.

Ces pratiques étaient même l’apanage de l’Aristocratie, plus que du peuple.

Puis au cours des siècles, la consommation de certains insectes fut préconisée pour leurs diverses vertus médicinales.

En 1827, le grand naturaliste Cuvier écrivit que dans le sud de la France les enfants consommaient avec gourmandise des cuisses charnues de sauterelles embrochées sur des piques et grillées sur le feu. On trouve même les premières recettes de cuisine pour des larves de hannetons dans la Gazette des Campagnes en 1870 !

Cette consommation d’insectes s’est amplifiée en Europe au 19eme siècle avec la prise de conscience que les ressources alimentaires allaient devenir insuffisantes en regard de la croissance exponentielle de la population. Des recherches furent menées pour trouver de nouvelles sources de protéines avec le soutien actif de grandes institutions internationales.

Et au début du 20ème siècle en Ardèche, on consommait toujours des omelettes aux vers à soie.
Citons pour finir le célèbre entomologiste Jean-Henri Fabre : «
Je vais capturer de gros criquets qui se cuisinent sommairement frits, au beurre et au sel [… ]C’est supérieur aux cigales vantées par Aristote. Il s’y trouve certaine saveur d’écrevisse, certain fumet de crabe grillé… ».

La consommation d’insecte, si elle a eu tendance à disparaître depuis, est cependant restée dans les habitudes et la culture alimentaires de beaucoup de populations dans le monde, notamment celles qui ne basent pas leur alimentation autour de la viande, soit par pauvreté, soit par religion, soit par idéal de vie.

L’entomophagie est donc essentiellement un problème occidental. Pourquoi manger des insectes et ainsi modifier notre mode de vie alors que nous sommes habitués à consommer des viandes en abondance ?

Finalement, nous sommes une minorité dans le monde à ne pas consommer volontairement et ouvertement des insectes.

 

La tendance va très certainement s’amplifier dans les décennies à venir.

 

Les avantages sont trop nombreux pour que la pratique disparaisse comme un effet de mode. Mieux encore, c’est cette mode qui va créer de nouvelles habitudes qui, une fois ancrées dans notre consommation alimentaire, ne nous quitteront plus.

Citons pour cela seulement quatre phénomènes de sociétés actuels :

  • la montée en puissance de la « culture apéro » : les préparations à base d’insectes se prêtent très facilement à ce besoin de convivialité et d’originalité pour surprendre sa famille ou ses amis ;
  • le développement des voyages et de la « culture exotique » : le goût pour les plats étrangers a toujours existé par curiosité, par nostalgie de voyages, par brassage de populations. Aujourd’hui, les prix low cost des voyages, la plus libre circulation des peuples entrainant des mouvements importants (contraints ou volontaires) de communautés, facilitent l’importation de nouvelles pratiques alimentaires ;
  • l’omniprésence de la « culture santé », qui se traduit par une recherche permanente de produits miracles : celui qui fait maigrir, celui qui retarde le vieillissement, celui qui améliore les performances physiques, intellectuelles ou sexuelles, celui qui combat telle ou telle maladie … etc. Là encore, les insectes par leur côté atypique, se positionnent comme des produits plein de promesses.
  • La préoccupation montante de la « culture écologique » : préservation des terres agricoles, de la biodiversité, élevage à faible impact environnemental … etc, autant de bonnes raisons pour se tourner durablement vers l’élevage d’insectes.

Sans compter bien sûr le phénomène du développement démographique.

 

Rendez-vous en 2050 quand nous serons 9 milliards d’habitants sur la Terre …